
La reconnaissance des droits ancestraux est l’un des piliers fondamentaux de la réconciliation économique entre les Peuples autochtones et le Québec. Pourtant, encore aujourd’hui, les revendications Premières Nations sont souvent critiquées et mal perçues, tant dans l’espace public que dans les milieux politiques, économiques, juridiques…
Pour mieux comprendre le phénomène, nous avons posé la question à Ghislain Picard, professeur associé à HEC Montréal et ex-Chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec–Labrador : Que répondez-vous à ceux qui affirment que la reconnaissance des droits ancestraux représente un frein à la réconciliation et au développement économiques ?
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Contrairement à ce qu’on entend encore trop souvent, je considère que la reconnaissance des droits ancestraux constitue un vecteur propre à favoriser le développement économique pour les Premières Nations permettant à celles-ci de jeter les bases de leur propre économie. C’est plutôt la non-reconnaissance des droits ancestraux et du titre autochtone sur le territoire qui crée l’incertitude et qui contribue à un ralentissement de tout projet qui vise à mettre à contribution les Premières Nations pour tout développement sur leurs territoires traditionnels.
Nul ne peut nier que cette question est hautement politique et ironiquement, c’est exactement là où se dressent les entraves à la certitude qui serviraient de levier pour les communautés qui souhaitent des conditions gagnantes pour leur participation.
Il est sans doute utile de rappeler un exemple, ici, au Québec, qui confirme que de nier ou essayer de contourner cette réalité politique, constitutionnelle et juridique peut potentiellement représenter le caillou dans le soulier de l’industrie qui souhaiterait investir dans des projets, particulièrement ceux situés sur les terres ancestrales des Premières Nations, sur lesquelles existe toujours un titre non éteint. Le Québec du début des années 70 croyait avoir le vent dans les voiles, en proposant la mise en chantier d’un gigantesque projet hydroélectrique sur le territoire de la Baie-James. Les travaux ont rapidement frappé un mur après le dépôt d’une demande d’injonction par la Nation Crie, menant à un jugement qui allait obliger le gouvernement libéral de l’époque à s’assoir et négocier une entente avec trois nations avant de permettre la poursuite des travaux.
C’était il y a 50 ans, les choses ont évolué depuis, le droit a également évolué, notamment au chapitre des principes qui devraient idéalement créer un rapport de force pour les Premières Nations. À ces principes s’ajoute aussi celui du consentement préalable, libre et éclairé comme stipulé par la Déclaration des Nations Unies sur les droits des Peuples autochtones. Malgré ces avancées, la volonté politique tarde à se manifester dans le respect de ce nouvel ordre. À la lumière du contexte politique actuel, tant fédéral que provincial, la vigilance continue à être de mise.
Cependant, comme nous le constatons, l’industrie, la communauté d’affaires et les milieux économiques sont beaucoup plus éduqués et sensibles à ces nouvelles normes et acceptent de bâtir des partenariats porteurs avec les Premières Nations, sur ces bases.
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Une chose est claire : la reconnaissance ne doit pas être vue comme une concession, mais comme la base d’un partenariat équitable et durable. La conversation est ouverte.